ISSN : 2269-5990
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dimanche 28 octobre 2012

en ligne: Agone 44 | 2010 Rationalité, vérité & démocratie

Agone 44 | 2010, Rationalité, vérité & démocratie

Ce numéro est issu d’un colloque organisé par Jacques Bouveresse, chaire de philosophie du langage et de la connaissance au Collège de France, le 28 mai 2010, sur le thème « Rationalité, vérité et démocratie - Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky ».  Voir les vidéos de ces conférences

jeudi 12 avril 2012

Agone 48, La philosophie malgré eux

Agone 48
La philosophie malgré eux
Coordination Jean-Jacques Rosat
Agone
2012

Orienter ses efforts contre tout ce qu’il peut y avoir de prestigieux et d’ensorcelant dans certaines productions de l’intellect. S’appliquer avec une sorte de génie de la destruction à combattre toute espèce d’enthousiasme théorique et spéculatif. Parce que l’entendement humain est en quelque sorte perpétuellement malade de ses propres succès, il ne connaît le plus souvent que pour méconnaître, il ne produit guère de lumières qui ne finissent par le rendre quelque peu aveugle ni de solutions qui ne constituent en même temps des problèmes…
SOMMAIRE
Éditorial, Jean-Jacques Rosat
Bouveresse dans le rationalisme français, Claudine Tiercelin
Après avoir dégagé quelques incarnations du rationalisme dont Bouveresse se démarque, j’indique quelques aspects qui ancrent son œuvre dans la tradition de l’Aufklärung (mais en la renouvelant), avant d’insister sur ce qui me semble plus distinctif de ce rationalisme dans lequel parviennent miraculeusement à cohabiter des sources philosophiques, littéraires et scientifiques : Cournot, Vuillemin, Carnap, Peirce, Wittgenstein, Russell, Frege, Sellars, Bolzano, Boltzmann ou Helmholtz, mais aussi Descartes, Kant, Schopenhauer, Fichte, Husserl, Cavaillès, Canguilhem, les pragmatistes James, Putnam, ou encore des écrivains comme Valéry, T.S. Eliot, et plus que tout peut-être, Lichtenberg, Kraus et Musil. Puis je me concentre particulièrement sur l’examen de ce rationalisme à l’aune des liens de Bouveresse avec la tradition « analytique », et avec Wittgenstein en particulier.
Le démon de Karl Kraus & le philosophe du Collège de France, Thierry Discepolo
Si l’immunité du philosophe de la connaissance aux penchants irrationalistes et au modèle tyrannique de Kraus ne fait pas de doute, l’intérêt pour ses outils trouve son sens dans la prise de conscience par le rationaliste des limites de l’Aufklärung. Contre les tentations élitistes de certains enthousiastes naïfs (la liberté naîtra de la lucidité acquise par la seule science et le seul exercice de la raison), Bouveresse tient la satire et l’ironie pour indispensables : le monde intellectuel n’est pas moins violent et injuste que les autres mondes sociaux ; on ne peut y défendre l’honnêteté intellectuelle et l’exigence de justice sociale et économique sans accompagner l’exercice de la raison et les luttes pour un monde égalitaire par l’exercice d’une contre-violence au moins équivalente à la violence de l’attaque dont sont l’objet ces valeurs inséparables aux yeux du démocrate armé.
Bouveresse et Bourdieu, critiques de la position scolastique, Bruno Ambroise
Bouveresse revendique un certain héritage bourdieusien et considère Bourdieu non seulement comme un sociologue important, mais également comme un interlocuteur de plein droit sur le plan philosophique. C’est qu’il est tout à fait conscient que les philosophes n’échappent pas, contrairement à ce qu’ils aiment croire, aux champs sociaux et aux enjeux sociaux que ceux-ci déterminent : ils y participent en ne croyant participer qu’à des enjeux intellectuels ; et qu’en outre, la façon même dont Bourdieu a construit sa théorie sociologique rejoint des positions philosophiques défendues par Bouveresse, notamment à travers sa lecture de Wittgenstein. C’est ainsi en deux sens que Bouveresse a hérité de Bourdieu : comme sociologue, et tout particulièrement du champ intellectuel, ce dernier lui a apporté un certain nombre de connaissances sur le monde social et sur la philosophie, en tant qu’elle s’y inscrit ; comme épistémologue Bourdieu a développé une démarche méthodologique proche de celle que Bouveresse adoptera.
Jacques Bouveresse, historien critique de la philosophie, Jean-Matthias Fleury
Il se pourrait que le désintérêt tenace à l’égard des recherches historiques de Bouveresse ait des raisons profondes, dans la mesure où ses travaux interrogent finalement la plupart des objectifs et des présupposés habituellement admis en la matière par le champ académique français. À la suite de Carnap et surtout de Russell, Bouveresse considère en effet que la question de la recherche de la vérité est absolument centrale dans le travail d’analyse historique, ce qui implique une forme de rapport critique à la tradition philosophique beaucoup plus développé qu’il ne l’est habituellement dans les études hexagonales. De ce point de vue, Bouveresse se situe d’ailleurs également en rupture à l’égard du courant de la philosophie rationaliste systématique, initié par Gueroult et poursuivi par des auteurs comme Vuillemin et Granger, dont Bouveresse s’estime, à beaucoup d’autres égards, l’héritier.
Une autre philosophie allemande, Christian Bonnet
Le paradoxe, dont lui-même s’amuse, qui veut que Jacques Bouveresse soit régulièrement présenté comme un spécialiste de la philosophie anglo-saxonne, quand la plupart des auteurs auxquels il s’est intéressé et qui ont nourri sa réflexion sont des philosophes et des écrivains de langue allemande, s’explique sans doute, comme il le soupçonne, par le fait que, bien que « de langue allemande, une langue qu’on a l’habitude de considérer comme particulièrement philosophique », la tradition à laquelle il a consacré une bonne partie de ses travaux « n’a guère été considérée, dans le meilleur des cas, que comme une simple excroissance bizarre ou un appendice tout à fait mineur de la grande tradition philosophique allemande, alors qu’elle correspond en réalité à un courant de pensée tout à fait spécifique et autonome, qui s’est défini largement par son opposition à la tradition allemande et en particulier à l’idéalisme allemand »
L’ironie contre le bel esprit philosophique, Sophie Djigo
Loin de pratiquer la confusion des genres entre philosophie et littérature, l’œuvre de Bouveresse offre la preuve par l’exemple que les philosophes ont tout intérêt à se saisir du pouvoir d’élucidation et de diagnostic de certains ouvrages de la littérature. Sur ce point, Bouveresse est l’un de ceux qui ont ouvert une voie dans la philosophie française. Mais ce qui intéresse particulièrement Bouveresse dans cette tradition littéraire qu’il affectionne, en particulier Musil et son héros cacanien, c’est à quel point ce ton, ironique ou satirique, est approprié à la philosophie, notamment à la défense du rationalisme. Ce rapport très particulier à la littérature, aussi bien dans son style de pensée philosophique que dans ses préoccupations, distingue Bouveresse dans le paysage philosophique français contemporain, marqué pour le moins par un certain lyrisme.
Les armes de Wittgenstein, Jean-Jacques Rosat
« Quand j’écris sur Wittgenstein, dit Bouveresse, il se produit sans doute une sorte de processus d’identification. Je n’ai pas eu à me forcer pour adopter son style de pensée et ses réactions. J’ai trouvé avec lui le philosophe qui vous semble avoir donné le mode d’expression optimal à des idées dont vous sentez que ce sont aussi les vôtres. » Quelles ont pu être les affinités de « réactions » entre un Viennois rencontrant la philosophie à Iéna et Cambridge à la veille de la Première Guerre mondiale et un Franc-comtois la découvrant à Paris au début des années 1960 ? Qu’est-ce qui a fait du « style de pensée » du premier le « mode d’expression optimal » des idées qui ont surgi dans l’esprit du second lors de son entrée dans l’arène philosophique et tout au long des cinquante années qui ont suivi ? Quelles assonances entre leurs volontés ? Quelles similitudes entre leurs combats ?
Ce que les auteurs infréquentables ont à dire à ceux qui ne veulent pas leur ressembler, Jacques Bouveresse
C’est de l’hommage rendu involontairement à Spengler par certains de ses continuateurs qui s’ignorent, que j’aurais aimé vous parler plus longuement. J’ai toujours l’impression que c’est à nous que Musil s’adresse quand il s’en prend à l’historicisme et au relativisme radical que professe celui-ci. Certains de nos philosophes « postmodernes », qui connaissent aujourd’hui un succès comparable au sien, donnent l’impression de s’évertuer à rendre la plus instable et la plus insaisissable possible – quand ils ne proposent pas de l’abandonner – la distinction entre le vrai et ce qui est reconnu et désigné comme vrai par des sujets connaissants et parlants donnés, à une époque et dans une culture données. Un de ceux qui ont excellé jusqu’à la virtuosité dans ce genre d’exercice me semble être Foucault. Ils ne semblent toujours pas avoir remarqué à quel point Spengler les avait devancés.
HISTOIRE RADICALE
Dossier « Cinéma, propagande et stalinisme » présenté par Charles Jacquier
La gestion bureaucratique du cinéma, Victor Serge
Le cinéma soviétique : une histoire et une élégie, Dwight Macdonald
Sur un film américain stalinien : Mission to Moscow (1943), Daniel Sauvaget

lundi 26 décembre 2011

à paraître: revue Agone 48, La philosophie malgré eux


revue Agone 48, La philosophie malgré eux
à paraître en avril 2012

Présentation de l'éditeur
Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse est depuis plus de quarante ans une figure majeure de la philosophie française contemporaine. Quand on parle de lui, c’est d’habitude pour le louer (philosophe savant, rigoureux, étran- ger aux modes, ne ménageant pas sa plume dans des combats courageux) ou le discréditer (éternel « râleur », stérile et désuet, qui finit par avoir tort à force d’avoir toujours raison). Ce qu’on passe sous silence, c’est l’ampleur considérable et l’extrême diversité de son œuvre, l’originalité de ses idées et des manières dont il les défend, l’importance et l’utilité qu’elles peuvent avoir pour la philo- sophie et pour la vie intellectuelle.
Bouveresse a construit sa pensée à partir d’une culture à la fois philosophique, scientifique et littéraire extrêmement originale, d’auteurs méconnus ou mal lus qui sont autant d’appuis et d’armes dans les débats et combats d’aujourd’hui.
Il a doublé sa production philosophique d’une réflexion sur les conditions d’existence d’une philosophie décente. Sa pensée contient de précieux antidotes contre les prétentions, les illusions et les formes de domination que trop de philosophes et de non-philosophes identifient à la philosophie. Son antiphilosophie est celle d’un philosophe. Il fait de la philosophie malgré eux.

Sommaire :
Jacques Bouveresse, Ce que les auteurs infréquentables ont a dire à ceux qui ne veulent pas leur ressembler
Bruno Ambroise, Bouveresse et Bourdieu, critiques de la position scolastique
Christian Bonnet, Une autre philosophie allemande,
Thierry Discepolo, Le philosophe français et le satiriste viennois. À propos du Kraus de Bouveresse
Sophie Djigo, L’ironie contre le bel esprit philosophique
Jean-Matthias Fleury, Bouveresse historien de la philosophieJean-Jacques Rosat, Quels usages de Wittgenstein ?Claudine Tiercelin, Bouveresse dans le rationalisme français
Histoire radicale
Dossier "Cinéma, propagande et stalinisme", présenté par Charles Jacquier
Victor Serge, La gestion bureaucratique du cinéma
Dwight Macdonald, Le cinéma soviétique : une histoire et une élégie
Daniel Sauvaget, Sur un film américain stalinien : Mission to Moscow (1943)
 Coordination : Jean-Jacque Rosat.

lundi 24 octobre 2011

samedi 19 mars 2011

Noam Chomsky, Raison & liberté + extrait de la préface de Jacques Bouveresse

Jacques Bouveresse, Noam Chomsky et ses calomniateurs, Le Monde Diplomatique, mai 2010 — Pages 14 et 15


Noam Chomsky
Raison & liberté
Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels
Préface de Jacques Bouveresse
Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton, Aude Bandini et Jean-Jacques Rosat
Textes choisis et présentés par Thierry Discepolo et Jean-Jacques Rosat
Agone
2010


Présentation de l'éditeur
« L’action politique et sociale doit être ­animée par une vision de la société future et par des jugements de valeur explicites, qui doivent ­découler d’une conception de la nature humaine. Si l’esprit humain était dépourvu de structures innées, nous serions des êtres indéfiniment malléables, et nous serions alors parfaitement appropriés au formatage de notre comportement par l’État autoritaire, le chef d’entreprise, le technocrate et le comité central.
Ceux qui ont une certaine confiance dans l’espèce humaine espéreront qu’il n’en est pas ainsi. Je pense que l’étude du langage peut fournir certaines lumières pour comprendre les possibilités d’une action libre et créatrice dans le cadre d’un système de règles qui reflète, au moins partiellement, les propriétés intrinsèques de l’organisation de l’esprit humain. »

Ce livre réunit onze textes de Noam Chomsky pour la plupart inédits en français. Offrant un large panorama de ses idées, il fait apparaître le fil qui relie son socialisme libertaire à son œuvre de linguiste et à son anthropologie : notre irrépressible besoin de liberté est inséparable de la créativité illimitée du langage qui fait de nous des êtres humains. Chomsky montre comment l’école et l’université pourraient éduquer à autre chose qu’à l’obéissance, les intellectuels de gauche jouer un autre rôle que celui de commissaires du contrôle des esprits, et les mouvements civiques et sociaux imposer des réformes radicales. C’est en héritier des Lumières et de la tradition rationaliste que Chomsky pense et intervient.

Linguiste, Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Boston). Parallèlement à sa prestigieuse carrière universitaire, il est mondialement connu pour son engagement politique et sa critique de la politique étrangère des États-Unis.

mercredi 2 mars 2011

revue Agone 44, Rationalité, vérité & démocratie

Rationalité, vérité & démocratie 
Ce numéro est issu du colloque « Rationalité, vérité et démocratie – Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky », organisé au Collège de France le vendredi 28 mai 2010. voir les Vidéos

L’habitude de fonder les opinions sur la raison, quand elle a été acquise dans la sphère scientifique, est apte à être étendue à la sphère de la politique pratique. Pourquoi un homme devrait-il jouir d’un pouvoir ou d’une richesse exceptionnels uniquement parce qu’il est le fils de son père ? Pourquoi les hommes blancs devraient-ils avoir des privilèges refusés à des hommes de complexions différentes ? Pourquoi les femmes devraient-elles être soumises aux hommes ? Dès que ces questions sont autorisées à apparaître à la lumière du jour et à être examinées dans un esprit rationnel, il devient très difficile de résister aux exigences de la justice, qui réclame une distribution égale du pouvoir politique entre tous les adultes.
Bertrand Russell (1961)


SOMMAIRE
Éditorial, Jacques Bouveresse
Russell, Orwell, Chomsky : une famille de pensée et d’action, Jean-Jacques Rosat
Pourquoi associer les noms de Russell, Orwell et Chomsky ? Quelles parentés y a-t-il entre leurs pensées mais aussi entre leurs engagements militants respectifs ? Quel genre de lumières pouvons-nous espérer d’eux sur le thème « Rationalité, vérité et démocratie » ? Il est largement admis que les tyrannies s’appuient sur le mensonge et les préjugés, et que la démocratie suppose l’existence d’un espace public des raisons où s’affrontent pacifiquement des citoyens éclairés. Mais il est largement admis aussi que le savoir confère habituellement à celui qui le possède une supériorité et une autorité sur celui qui ne le possède pas. Le relativisme, nous dit-on, garantit le droit des dominés et des minorités à défendre leur propre vision du monde. Certes, il peut arriver qu’il leur offre temporairement une protection efficace. Mais, fondamentalement, il est contradictoire avec tout projet d’émancipation car il dépossède les dominés des armes de la critique.
La vérité peut-elle survivre à la démocratie ?, Pascal Engel
L’une des raisons pour lesquelles la vérité et la démocratie ne semblent pas faire bon ménage est qu’on a tendance à confondre, d’une part, la liberté d’opinion et de parole avec l’égale vérité des opinions, ce qui revient à adopter une forme de relativisme, et, d’autre part, la règle de majorité avec une règle de vérité, ce qui revient à adopter une forme de théorie de la vérité comme consensus. Parce que la démocratie libérale repose sur le principe de la pluralité des valeurs et sur la neutralité axiologique, on a tendance à penser qu’elle exige de traiter toutes les opinions comme également respectables et, moyennant une confusion de plus, comme également vraies. Parce que la démocratie suppose la règle selon laquelle, en matière de décisions, la majorité doit l’emporter, on suppose que les opinions majoritaires ont le plus de chances d’être vraies, et qu’elles sont vraies parce qu’elles sont celles de la majorité.
Tout ça n’est pas seulement théorique. Notes sur la pratique d’une politique éditoriale, Thierry Discepolo
Comme producteur de « propagande », le métier d’éditeur tient une position paradoxale par bien des aspects. D’un côté, sa marque est bien visible sur le produit « livre » ; de l’autre, on est en droit de se demander ce qu’il fait. L’éditeur n’est ni l’auteur, qui a écrit le livre, ni l’imprimeur, qui l’a fabriqué. Pour une part, il est responsable de la mise en circulation de milliers de phrases ; pour une autre, il ne peut en réclamer la paternité – il ne les a pas écrites. Quelle légitimité cet intermédiaire a-t-il de revendiquer les idées que portent les livres inscrits à son catalogue ? Parce que, sans son travail, de telles idées ne pourraient être ­sorties de l’anonymat ? On donnera quelques éléments de réponse à ces questions à partir de la position spécifique de l’éditeur, un métier qui mêle ­indissociablement l’argent et les idées.
Bertrand Russell, la science, la démocratie et la « poursuite de la vérité », Jacques Bouveresse
Bertrand Russell est convaincu qu’une application stricte, par tout le monde, du principe selon lequel on doit s’efforcer de ne croire, autant que possible, que des choses vraies ou qui du moins ont des chances raisonnables d’être vraies, si elle introduirait assurément des changements importants dans la vie sociale et politique, n’aurait pas le genre de conséquences catastrophiques que l’on prédit généralement. L’illusion et le mensonge ne sont peut-être pas indispensables à la vie en société à un degré aussi élevé qu’on le croit la plupart du temps. Ils ne devraient en tout cas pas l’être dans des sociétés qui ont la prétention d’être réellement démocratiques.
La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement, Noam Chomsky
Traduit de l’anglais par Clément Petitjean
Les doctrines du rationalisme économique qui, depuis une génération, constituent le discours dominant dans les sociétés avancées ont façonné les politiques menées, mais elles l’ont fait de manière sélective : une recette pour les plus faibles, une autre radicalement différente pour les puissants – en somme comme par le passé. Il ne semble pas injuste de dire que cette domination ne reflète ni une quelconque rationalité ni un attachement à la vérité, mais plutôt un engagement en faveur des privilèges et du pouvoir. Les conséquences sont immanquables. Alors qu’ils paraissent très riches en comparaison des autres pays, les États-Unis sont en train de revêtir certaines des caractéristiques structurelles des anciennes colonies, qui ont typiquement des secteurs incroyablement prospères et privilégiés au milieu d’un océan de souffrance et de misère.
Dialogue sur la science et la politique, Jacques Bouveresse et Noam Chomsky (entretien avec Daniel Mermet)
Que peut le bon sens comparé à ce que peut peut-être la connaissance scientifique ? Noam Chomsky a rappelé que le progrès des sciences a amené à se rendre compte que le bon sens, ou sens commun, pouvait se tromper de façon spectaculaire. La même chose n’est-elle pas susceptible de se passer en matière morale et politique ? Après tout, le sens commun un peu éduqué ne peut-il suffire pour nous procurer les lumières dont nous avons besoin pour l’action ? Pierre Bourdieu était évidemment convaincu que la connaissance procurée par les sciences sociales est finalement la seule qui soit susceptible de nous permettre de comprendre réellement les mécanismes qui engendrent l’inégalité, l’injustice, l’oppression, etc. [Jacques Bouveresse se souvient] d’avoir pris la défense de Noam Chomsky, au moins une fois, devant Bourdieu, parce que Chomsky avait écrit que comprendre comment opèrent ces mécanismes d’assujettissement et d’oppression qui engendrent l’inégalité et l’injustice n’est pas très difficile ; il suffit d’un peu de bon sens, de psychologie – et de cynisme, ajoutait-il.
LA LEÇON DES CHOSES
À propos de la « pensée (anti-)68 » selon Serge Audier, Alexander Zevin
Traduit de l’anglais par Clément Petitjean
Présenté par Philippe Olivera
Racisme, sexisme et mépris de classe, Walter Benn Michaels
Traduit de l’anglais par Natacha Cauvin
Notes prises en décembre 1981 et janvier 1982 lors des réunions à la CFDT et des conférences de presse en soutien à Solidarnosc, Pierre Bourdieu
Présenté par Franck Poupeau et Thierry Discepolo
HISTOIRE RADICALE
Au-delà du marxisme, de l’anarchisme et du libéralisme : le parcours scientifique et révolutionnaire de Bruno Rizzi, Paolo Sensini
Traduit de l’italien par Miguel Chueca
Présenté par Charles Jacquier